la foi là où on ne l'attend pas! (5 février 2011)

Pour écouter l'interwiev de RCF Corrèze: http://dl.free.fr/kMfN5hnKp

Le thème de cette rencontre était un peu provocateur : La foi là où on ne l’attend pas !

Il s’agit du slogan du Service-Jeunes  de la Mission de France. Il est vrai qu’aujourd’hui il faut s’attendre à des surprises chez les jeunes. Dominique Fontaine en a fait l’expérience, en particulier lorsqu’il a été amené à écrire un livre, « La foi de chrétiens racontée à mes amis athées[1] », livre qu’il a écrit avec toute une famille, dont des enfants sans références chrétiennes. Il s’est rendu compte que la séparation n’est pas si nette qu’on le dit entre ‘croyants et incroyants’. Ce sont les chrétiens qui disent des autres qu’ils sont des incroyants ! Et pourtant, ceux  qui disent qu’ils ne croient pas en Dieu n’ont-ils pas eu aussi une foi ? Nos vies à tous ne sont-elles pas fondées sur quelques actes de foi : un acte de foi en un conjoint, en des amis, des parents, un acte de foi en la vie ?...

La discussion avec les participants a  fait rapidement apparaitre un accord sur ce point. L’une d’entre nous a parlé d’une enseignante athée qui ‘croit’ à ses élèves pourtant difficiles. Certains ont témoigné de dialogues suivis avec des amis sur des années, dialogues sur la foi qui anime l’un et l’autre. Dans ces dialogues, on perçoit peu à  peu la foi de l’autre, toutes ces choses qui font la profondeur de sa vie. Ces dialogues sont souvent fugaces, mais il fut être attentif, les gens se confient quand ils ont confiance. Cette expérience du dialogue nous enrichit, car elle nous permet de mieux comprendre notre propre foi au contact de la foi différente de l’autre, et nous découvrons que nous trouvons alors des mots pour la dire, les mots nous viennent parfois d’une façon qui nous étonne. C’est la magie du dialogue !

Plusieurs ont regretté que dans leurs communautés chrétiennes on montre peu d’attention à la foi des autres. Il y a un manque de recherche de ce côté-là. Quelqu’un a souligné : « Nous ne savons pas faire autrement que de coller nos catégories sur ce que pensent les gens. C’est le meilleur moyen de ne pas les entendre. »

La journée s’est poursuivie avec la lecture de deux textes de Madeleine Delbrêl :

Témoins

« Missionnaire sans bateaux »,

dans : La sainteté des gens ordinaires, Nouvelle Cité 2009, p 90

 

Une fois que nous avons connu la Parole de Dieu, nous n’avons pas le droit de ne pas la recevoir, 

une fois que nous l’avons reçue, nous n’avons pas le droit de ne pas la laisser s’incarner en nous ; une fois qu’elle s’est incarnée en nous, nous n’avons pas le droit de la garder pour nous ;

nous appartenons dès lors à ceux qui l’attendent.

(…)

Laissons-nous habiter de plus en plus par la Parole et, habitant à notre tour parmi nos frères, croyons que cette proximité les rapprochera de leur Dieu.

 

Ce renversement que nous voyons dans la démarche apparemment fort logique de Madeleine Delbrêl est frappant. On attendrait : Nous devons proclamer cette parole sur les toits ! Or ce n’est pas ce que dit Madeleine. Elle dit que nous devenons dépendants de ces gens à qui nous devions annoncer la Parole. Cette phrase de Madeleine exprime bien la démarche de la Mission de France. On peut même parler d’une ‘inversion missionnaire’. Les missionnaires que nous sommes se découvrent en relation avec ceux à qui ils sont envoyés. Un lien de fraternité se crée. Dominique Fontaine évoque  un prêtre de la Mission de France qui avait acheté une vieille caravane qu’il laissait sur un terrain de gens du voyage. Il allait y passer ses journées de congé et peu à peu il s’est lié d’amitié avec ces personnes. La question qu’il se posait était non pas ‘qu’est-ce que je vais leur apporter ?’, mais ‘comment je vais dépendre d’eux ?’ On retrouve cette inversion missionnaire. Une participante a souligné qu’il en est de même pour les enseignants : ils dépendent des gamins qui leurs sont confiés, ils leur ‘appartiennent’.

 

Le deuxième texte de Madeleine Delbrêl a été écrit  en 1962, juste avant le Concile, à la demande d’un évêque qui lui a demandé un rapport sur l’évangélisation des milieux athées :

 

Dialogue avec les personnes athées.

Dans : Athéisme et évangélisation, Nouvelle Cité 2010 p.139 à 150

Evangéliser, c’est d’abord dire quelque chose à quelqu’un.

Pour « dire », il faut être là. Les différents voisinages que nous avons avec les communistes ne nous mettent vis-à-vis d’eux à portée de voix que si, non seulement nous les traitons comme étant notre prochain, mais encore si nous devenons le leur. Etre leur prochain c’est d’abord être quelqu’un qui ne les évite pas. Etre leur prochain c’est être quelqu’un qui existe, dont l’existence soit assez ouverte pour être connue – n’être pas des repliés chez soi. Etre un homme qui ne tait pas ce qu’il est et ce qu’il pense. Un homme qui n’obéit pas à la peur, surtout pas celle de confronter ce qu’il croit à ce que nient les autres.

Même à portée de voix, il ne suffit pas qu’on nous « entende » pour que ce que nous avons à dire soit entendu, soit compris, comme on dit « comprendre une langue ».

La condition préalable, c’est d’exprimer les réalités quotidiennes, quand nous en parlons avec eux, par des mots dont ils se servent eux-mêmes, sans les mots qui leur sont étrangers – mais cela joue sur le choix de braves mots français parmi lesquels il faut simplement préférer les uns aux autres. Mais il faut que nous sachions bien que la langue limpide des passages les plus simples de l’Evangile est d’emblée intraduisible aux communistes.

Tout l’Evangile vient de Dieu et va à Dieu, et c’est le mot « Dieu » et tout ce en quoi il est sous-entendu, qui non seulement redevient en milieu communiste l’inexprimable, mais qui par surcroit signifie le contraire de toute représentation la plus humaine de Dieu.

Cet inexprimable, il faudra pour évangéliser le cerner, l’approcher, le faire présumer, le faire pressentir. Il faudra en témoigner par toute une attitude de vie, par des options, par des actes qui supposent Quelqu’UN, invisible mais vivant, intouchable mais agissant. ( … )

 

L’Evangile n’est annoncé vraiment que si l’évangélisation reproduit entre le chrétien et les autres le cœur à cœur du chrétien avec le Christ et l’Evangile. Mais rien au monde ne nous donnera la bonté du Christ sinon le Christ lui-même. Rien au monde ne nous donnera l’accès au cœur de notre prochain sinon le fait d’avoir donné au Christ l’accès au nôtre.

La bonté du cœur venue du Christ, donnée par lui est pour le cœur incroyant un pressentiment de Dieu lui-même. Elle a, pour le cœur incroyant, le goût inconnu de Dieu et elle le sensibilise à sa rencontre. Elle est, pour l’incroyant, insolite, liée à cet insolite absolu que Dieu est pour lui. Elle réveille, interroge les forces assoupies de son cœur, des forces inconnues de lui dont il constate en lui la réalité vivante. Elle sympathise avec ce qui, dans le cœur de l’incroyant, est à la fois le plus solitaire et le plus apte à se tourner intérieurement, secrètement, vers Dieu comme un possible. »

 

Ce texte a aussi beaucoup intéressé les participants. « Je connais une personne avec qui je vis ce que dit Madeleine Delbrêl dans son dernier paragraphe sur le pressentiment de Dieu. » « J’ai depuis 50 ans un dialogue avec un ami qui ‘aimerait y croire’ mais qui n’y arrive pas ».

 

En conclusion, nous avons acquis la conviction que, si nous nous intéressons à la ‘foi’ qui anime nos amis qui ont d’autres convictions religieuses ou philosophiques que nous, nous nous mettons en situation de les rencontrer, d’entamer un vrai dialogue avec eux, d’approfondir notre propre foi et de nous lancer dans la découverte de … la foi là où on ne l’attend pas !

 

 

 

 



[1] La foi des chrétiens racontée à mes amis athées, éditions de l’Atelier, 2006.

 

Téléphone

 05 53 59 44 96

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