Voici, in extenso, les deux conférences de Mgr Michel MOUÏSSE lors de sa venue au Centre
Qui est Jésus-Christ ?
Notre foi nous dit qu’il est à la fois, vrai homme et vrai Dieu.
Je vous propose de mieux faire connaissance avec Lui.
C’est en lisant l’Évangile qu’on arrive à être conquis par Sa personne, séduit au point de comprendre que la chose la plus importante dans ce monde en perte de repères, la chose essentielle, c’est de Le faire entrer, Lui, de plus en plus dans notre existence. Atteindre à cela est essentiel. Nous ne sommes plus seuls, il habite nos cœurs et nos vies depuis notre baptême et marche sans cesse avec nous.
Je vais me plonger dans l’Évangile pour connaître Jésus.
Je vais en parler, et j’en suis un peu gêné, en sachant qu’il est toujours difficile de parler de quelqu’un que l’on aime.
Je souhaite qu’en fin de parcours, dans le partage entre vous et dans la prière, seul Jésus puisse vous dire qui il est.
* * * * *
Il n’est pas possible d’étudier la personnalité de Jésus Christ comme on étudie celle de Napoléon, du général de Gaulle, ou celle de n’importe quel homme ou femme qui ont marqué l’histoire, parce que les deux mots qu’on dit : Jésus Christ, ce n’est pas un prénom ou un nom comme toute personne a un prénom et un nom.
Jésus, c’est le premier mot, il désigne la personne de l’histoire ; ce personnage né à Bethléem, qui a vécu à Nazareth, qui a prêché dans la région de la Galilée, il y a 2000 ans et qui un jour est allé dans la région de Jérusalem… et ça s’est mal terminé.
Jésus désigne ce personnage.
Le second, Christ, c’est une profession de foi.
En disant Jésus Christ, je ne dis pas un prénom et un nom, je professe que ce Jésus est Christ, c’est-à-dire qu’il est l’envoyé de Dieu, qu’il est le Sauveur des hommes. Je professe qu’il est le Seigneur, qu’Il est mon Seigneur… Universel… Seigneur universel et mon Seigneur avec cette affectivité qu’on trouve par exemple chez St Paul.
C’est bien de Jésus qui est Christ dont je vais parler. Tous les historiens le reconnaissent ; un certain Jésus, fils de charpentier, venu en Palestine au temps de l’empereur Tibère, la Palestine étant une province romaine, ça vous le savez.
Ce Jésus n’a rien écrit, absolument rien. Il n’avait pas de secrétaire, il n’a rien dicté.
Or, ce Jésus, qui est mort à 33 ans et qui n’a rien écrit, rien dicté, ce Jésus a quand même bouleversé l’humanité.
Il a changé l’image que l’homme avait de lui-même et il est à l’origine de ce que l’on appelle le christianisme, lequel a quand même marqué profondément l’histoire de l’humanité et on peut se dire : que serait l’humanité sans ce personnage curieux, à peine connu, difficile à connaître et qui est appelé Jésus de Nazareth.
Que serait l’humanité sans Lui ?
* * * * * *
Je vais donc parler de Jésus qui est Christ.
Si, dans un premier temps, je mets plus en évidence Sa personnalité humaine, je n’oublie pas qu’il est le Fils de Dieu, qu’il est Dieu, qu’il est Seigneur.
Ma foi, ma foi personnelle en ce Jésus de Nazareth ne m’empêche pas de remarquer ou d’essayer de deviner ce personnage assez extraordinaire qu’il a été, car c’est à travers ses gestes, à travers ses paroles -gestes et paroles qui sont déroutants- que je découvre qu’il est le Fils de Dieu et quand je dis cela, je dis que ça bouleverse ma vie ; si Jésus n’était pas Christ, ma vie serait très différente et je ne serais pas là devant vous.
J’entends parler d’un homme qui, dans l’Évangile, prononce des paroles humaines, fait des gestes qui sont parfois bizarres, comme de cracher par terre et faire de la boue pour enduire les yeux d’un aveugle ; j’entends parler de cet homme… Je regarde ses gestes, j’entends ses paroles, je contemple sa vie et à travers ses gestes, ses paroles et sa vie, je lis la présence de Dieu.
Mon intention est claire : vous conduire, par une connaissance que je souhaite approfondie de Jésus de Nazareth, à un amour plus profond de Jésus-Christ.
Voici donc le plan de mon intervention.
Deux grandes parties… Nous prendrons un temps de détente entre les deux parties.
Première partie : Jésus, un homme comme les autres.
Deuxième partie : Jésus, un homme pas comme les autres.
* * * * *
Première partie : Jésus, un homme comme les autres.
Mais tout d’abord deux remarques :
La première : comment Le connaissons-nous ?
Par ses amis, ses disciples… qui n’ont pas écrit une vie de Jésus, mais qui ont porté un témoignage sur Lui.
Ses amis qui L’ont connu pendant sa vie sont aussi des gens qui ont fait une expérience unique, ils l’ont rencontré après la mort et c’est ça qui les a bouleversés et c’est ça qui est la clé de tout.
S’ils ne L’avaient pas rencontré vivant après la mort, Jésus de Nazareth ne serait rien du tout. Par conséquent, quand ils parlent de ses gestes, de ses paroles, ils pensent toujours au Jésus Ressuscité, vivant et ce qu’ils veulent quand ils en parlent, c’est nous dire : faites comme nous ; nous L’avons rencontré, nous voudrions que vous Le rencontriez… Alors, ce n’est peut être pas un livre qui nous est donné, on ne lit pas l’Évangile comme n’importe quel livre, c’est un témoignage qu’on accueille…
Les Évangiles sont un témoignage de foi, écrits après la Résurrection de Jésus pour éveiller la foi des hommes et pour nourrir celle des croyants.
On ne lit pas l’Évangile, on l’écoute.
C’est une Parole que Dieu me dit à travers des paroles humaines.
Deuxième remarque :
Dans la manière d’écouter ou d’accueillir l’Évangile, il y a une très grande part d’interprétation ; chaque génération a essayé d’attirer à elle Jésus… pendant le romantisme, on en a fait un rêveur, pendant la période classique, on en a fait un humaniste ; il y a quelques années on en faisait un libérateur et même un révolutionnaire.
Je crois que toujours il échappera aux étiquettes qu’on tente de lui mettre sur le front… comme pendant toute sa vie, il a échappé à toute définition… il a été insaisissable.
Il est toujours au-delà de ce qu’on peut penser de Lui et il est avant tout, homme qui se dit Fils de Dieu.
Je pense qu’il faut L’accueillir tel qu’il est et prendre tout l’Évangile.
* * * * * *
Alors, après ces deux remarques, comment le Christ nous apparaît-il dans le témoignage que nous ont laissé ceux qui l’ont connu ?
Essayons de recevoir ce témoignage en nous débarrassant de toute idée préconçue et de toutes les images de notre enfance qui peuplent notre imagination.
Je voudrais que vous vous débarrassiez de tout ça pour accueillir l’Évangile avec un esprit, un cœur, un regard neufs… ce n’est pas facile parce qu’en fait, on a composé son propre personnage plus qu’on ne l’a accueilli.
Un homme comme les autres.
Déjà, je voudrais préciser qu’on ne comprend rien à l’Évangile si on n’est pas persuadé que tout ce qui s’y passe est d’une banalité déconcertante.
Le phénomène Jésus, mais ce n’est rien du tout… c’est l’histoire d’un homme qui pendant 30 ans n’a jamais fait parler de lui ; on ne sait pas ce qu’il a fait… puis il parle pendant 3 ans, il est arrêté, mis à mort et c’est tout ; et si un journaliste, même très futé, s’était trouvé là, il n’aurait pas pensé que ça ait pu faire la UNE de « Sud-Ouest » ou de la « Dordogne Libre ».
C’est banal, personne n’en a parlé jusqu’à un certain dimanche de Pâques.
Dans le même temps et c’est très curieux, un immense bouleversement a été provoqué dans l’histoire, par cette banalité.
Il n’y a pas de commune mesure entre les faits tels qu’ils apparaissent et l’existence du christianisme avec tout ce qu’il a provoqué.
Le tournant de l’Histoire, ça repose quand même sur un jeune homme qui est mort à 33 ans, qui n’a rien écrit, je le répète, qui n’a rien dicté, je le répète, et sur une dizaine d’hommes qui étaient des gens très moyens, pas des intellectuels pour deux sous…
I – Jésus, un homme comme les autres.
Donc, un homme comme les autres.
Sa naissance d’abord (Luc 2) que nous allons fêter dans quelques jours à Noël.
Sa naissance, c’est l’événement le plus banal qui soit ; c’est un couple qui est en voyage, et qui est en voyage parce qu’il y a un recensement ; ce sont des choses qui arrivent dans l’empire romain de l’époque. De temps en temps, on essayait de savoir combien on était ; ça fait toujours plaisir de se compter.
C’est donc très banal : un couple qui va se faire recenser et une femme qui accouche dans un coin retiré, parce que c’est très désagréable d’accoucher devant tout le monde. Il n’y a rien de plus.
La visite des bergers (Luc 2,8)…Oui, relisez ce passage, c’est très simple ; ils sont appelés mystérieusement en pleine nuit ; alors, ce qui me frappe c’est quand on leur dit : « Passez à Bethléem et vous Le reconnaîtrez à ce signe ». Quel est ce signe ? Un enfant emmailloté. C’est banal… Si aujourd’hui, on voulait nous faire rechercher les enfants emmaillotés qui sont dans leur lit, je ne vois pas en quoi ce serait un signe… C’est encore très banal… et c’est frappant. Parce que l’enfant, c’est peut-être quand même dans ce contexte là, le signe de l’Espérance ; et ceux qui connaissent la Bible voient vite qu’il y a là une allusion à ce qu’annonce le prophète Isaïe.
Les mages… C’est un épisode très rapide. On dit les « rois mages ». Cette expression est une invention du 12ème ou du 13ème siècle, ils n’étaient pas des rois. Les rois mages n’existaient pas, ce qui existait, c’était les mages ; c’était totalement différent ; c’était donc des astrologues babyloniens qui étaient en contact avec les juifs, ceux qu’on appelle les juifs de la diaspora ; déjà, à l’époque, les juifs n’étaient pas tous en Palestine, ils étaient souvent à l’étranger… à l’époque déjà, ils étaient commerçants pour la plupart et ils avaient des synagogues, comme ils en ont en France, à Périgueux actuellement près de chez moi ; et là, ils rencontraient des gens qui étaient attirés par le messianisme…Il semble bien que les mages, c’était ces astrologues là qui connaissaient les prophéties qui sont venus, attirés par qui, par quoi… c’est difficile de le dire… Ils sont attirés par une étoile…Ça c’est des choses très simples, relisez-les dans l’Évangile de St Matthieu ou de St Luc, vous verrez qu’il n’y a pas tellement de féeries autour.
Voilà, je n’en dis pas plus… Après ça, nous savons par une toute petite phrase que Jésus rentre à Nazareth et qu’il est soumis à son père et à sa mère ; à Marie et à Joseph ; c’est-à-dire qu’il est un enfant, un enfant qui joue, on peut l’imaginer entrain de jouer ; je ne Le vois pas du tout compassé et raide… Un enfant qui apprend la Bible comme tous les enfants de son âge, parce que tous les enfants de son âge apprenaient la Bible, comme aujourd’hui les arabes (musulmans) apprennent le Coran.
Il va à douze ans en pèlerinage au Temple parce que c’est la Tradition, parce que c’est l’habitude et il travaille avec son père ; on dira de Lui « c’est le fils du charpentier », le fils du charpentier du coin, on le connaît bien, son père était Joseph…et voilà que pendant trente ans, il reste silencieux.
Pourquoi ce silence ? Pourquoi ce long silence ?
Il a dû penser sans doute que ce n’était pas opportun de commencer plus tôt son ministère, ou plutôt, il attendait que son cousin Jean-Baptiste ait commencé à prêcher un peu pour voir comment ça tournait et pour voir si c’était le moment d’y aller… et sa mission, elle commence par une rencontre avec Jean-Baptiste.
Il va le trouver et lui demande : Baptise-moi comme tu baptises tous tes disciples et par cet acte là, il va se faire reconnaître par les disciples de Jean (-Baptiste) et c’était très fort de sa part… Il a pris ses disciples à Jean-Baptiste ou plutôt c’est Jean-Baptiste qui a dit à ses disciples : maintenant c’est vers Lui qu’il faut aller ; alors, il s’est fait baptiser, il a été disciple de Jean-Baptiste et après il s’est séparé de lui. Ce sont des choses qui étaient prévues, ils en avaient sans doute discuté entre eux et en même temps qu’il se fait reconnaître par les disciples de Jean-Baptiste, il accrédite la mission de Jean-Baptiste qui bientôt d’ailleurs va se retirer et vous savez ce qu’il lui est arrivé puisqu’il sera exécuté par Hérode.
Et c’est ensuite le fameux moment de la tentation au désert qu’il peut envisager comme un temps de réflexion. Ce n’est d’ailleurs pas le seul dans sa vie ; souvent, il se retire pour réfléchir, pour voir comment il faut faire, comment il faut s’y prendre.
Sa tentation, c’est ça ; il réfléchit sur son action future. Il fait le point compte tenu de la situation… c’est très moderne comme attitude.
Comment je vais m’y prendre pour parler à ces gens là, pour que je réponde à leurs préoccupations, pour que j’entre dans leur vie… Alors, il se souvient que tout le monde attend un Messie… Il se dit que tout le monde attend un Messie, c’est-à-dire quelqu’un qui va faire la révolution contre les romains, un Messie qui va rétablir Israël… Or, ce n’est pas pour cela que Jésus est venu, c’est pour autre chose et il repousse ce messianisme temporel et cette adoration de Satan.
Il écarte aussi la facilité, il est le Fils de Dieu ; il a conscience qu’il peut peut-être multiplier les miracles et épater les gens… Il renonce à changer les pierres en pain… Il refuse la facilité parce qu’il sait très bien que ses compatriotes attendent un messianisme qui serait un bouleversement général, avec des grands prodiges, or il sait, Lui, que c’est dans le silence que va s’opérer cette transformation.
Rien n’est donc tracé d’avance.
Jésus a besoin de réfléchir.
D’ailleurs, je vais vous le dire à propos de Cana ; son premier geste selon St Jean, c’est les noces de Cana.
Ce n’est pas, semble-t-il sa première démarche, car, lorsqu’il vient à Cana, il a déjà des amis qui Le suivent. Il est déjà ce qu’on appelle un Rabbi et ça c’était pas anormal ; il était un maître ; or de son temps, il y a eu plusieurs maîtres qui avaient des disciples ; et bien Lui, il était avec ses disciples.
Cana, c’est le premier geste qui va étonner mais qui étonne et qui en même temps veut dire quelque chose d’assez fort : il change l’eau en vin.
Pour les gens d’Israël -pour nous, ça ne veut plus rien dire- pour les juifs donc, le vin c’était la participation à la vie de Dieu, c’était le vin du Royaume ; et d’ailleurs, à la fin de sa vie, il changera le vin en son sang… Il y a une continuité.
Ce qu’il veut dire par ce changement de l’eau en vin, c’est annoncer quelque chose de très nouveau : c’est le moment de liquider les vieilles outres et d’en acheter des neuves parce qu’il a envie, non pas d’y mettre de l’eau, mais d’y mettre du vin… et que ça va changer la vie.
C’est au cours d’un repas de noces donc qu’il se manifeste par un miracle ; par ce geste, et j’imagine et nous devons imaginer qu’il a dû s’amuser avec ses amis, car c’est vers la fin de la noce -et vous savez que dans les villages en ce temps là et dans ces pays, la fête d’un mariage, ça ne durait pas un après-midi et ça durait plusieurs jours, parfois une semaine comme ça existe encore en Orient aujourd’hui.
A Cana, autre trait caractéristique : Il apparaît comme quelqu’un qui hésite et qui cherche.
Il y a l’épisode de sa mère qui lui dit : « ils n’ont plus de vin » ; c’est peut-être le moment… Non ce n’est pas le moment… qu’est ce que ça peut faire qu’il n’y ait plus de vin… puis quelques minutes après, voilà le miracle.
Qu’est ce qui s’est passé ?
C’est qu’au moment où sa mère lui a dit ça, il pensait qu’il ne devait pas du tout intervenir à ce moment là. Il ne pensait pas que c’était à l’occasion d’un mariage que le moment soit bien choisi… Alors, quand sa mère a posé la question, il s’est dit : Tiens, c’est peut-être pas si bête… et si maintenant je me manifestais ; et il a décidé de se manifester.
Je voudrais que vous sentiez cette liberté constante, cette recherche permanente… La recherche permanente a été constante dans sa vie.
Un exemple : il commence à parler à tout le monde, il réunit du monde, comme ça, puis il se rend vite compte que ça ne prend pas. Alors, il prend une poignée d’hommes, les Apôtres, les douze et il se dit, je vais essayer de les former pour que ça marche bien et puis, ça va pas très fort. Il sent en même temps le danger venir et vers la fin, on sent qu’il va vers Philippe de Césarée… On se demande s’il n’allait pas parler aux païens… on peut au moins se poser la question.
Donc c’était pas du tout fait d’avance… Il faut le sentir cela… Tout est progressif dans sa vie… Il cherche.
Jésus est un homme libre.
Il recrute ses disciples et parmi ses disciples, il y a ce qu’on appelait un Zélote, c’est-à-dire un partisan de la révolte armée contre l’occupant romain. Ce Zélote s’appelle Judas. Mais il y a aussi un publicain ; or, les publicains sont taxés de pécheurs… et puis, ils sont connus comme des exploiteurs. Il y avait aussi tous les autres qu’on appelait des pharisiens dont il dénonce les excès… il y en avait plusieurs avec Lui…Il y a aussi un jeune qui s’appelle Jean et qui paraît être le plus jeune. Ce Jean était l’ami du grand prêtre.
Ce Jésus de Nazareth affirme une liberté qui est parfois proche de la désinvolture, par exemple, que dirions nous aujourd’hui si l’on me voyait aujourd’hui aller dans un bistrot, prendre un verre et que je laisse une femme s’approcher pour m’embaumer les pieds et les mains… surtout une prostituée. C’est ce que Jésus a fait.
Il était chez Simon et il y a à cette occasion une petite parabole qui est excellente et qui révèle ce qu’est l’amour de Dieu. En parlant de cette femme qui lui embaume les pieds, il a cette parole étonnante : « Il lui sera beaucoup pardonné puisqu’elle a beaucoup aimé ». Autrement dit, il constate que l’amour qu’elle est entrain d’exprimer est pour elle la preuve et la vérification qu’elle est pardonnée.
Donc Jésus est très libre.
En même temps qu’il laisse faire cette femme, il reçoit un certain Nicodème qui est un notable du pays et il va s’asseoir à la table des pécheurs par exemple chez Zachée qui est un homme riche et qui a une richesse assez mystérieuse, ou qui ne paraît pas très propre.
Il va le jour du Sabbat, jour sacré pour les juifs, dans la synagogue et en même temps il parle contre le Temple. Il purifie ce Temple de tout le trafic en chassant les vendeurs, mais en même temps, il annonce sa destruction : « détruisez ce temple et en trois jours je le reconstruirai ». Il traite Hérode, le représentant de l’autorité publique, de renard, c’est quand même un peu dur !
Au cours de son procès, il refuse de parler à cet Hérode qui aurait bien voulu le voir car il désirait lui faire faire un miracle, alors il reste absolument muet… Je ne suis pas un comédien.. Il ne dit rien.
Mais par contre, quand Pilate lui pose des questions, il répond, il reconnaît d’ailleurs que Pilate a un pouvoir, puisqu’il dit : « ce pouvoir, tu sais bien qu’il vient d’en haut ».
Il attaque les pharisiens et les docteurs de la loi qui sont des gens en place mais en même temps, il défend la loi. Il dit : ne touchez pas à la loi, il faut absolument la garder.
Oui, Jésus est un homme libre.
Ce qui me frappe aussi, c’est qu’il est faible, très faible par moment.
Par exemple, il s’endort dans la barque… Il s’est endormi tout simplement parce qu’il avait sommeil, qu’il ne s’est pas rendu compte que ça balançait et il fallait que ça aille mal pour qu’on lui dise : alors tu dors et tu ne te rends pas compte.
Evitons, quand on lit l’Evangile, de penser qu’il a joué la comédie, qu’il a fait semblant de… non.
Il s’est arrêté un jour, au puits de Jacob, il avait dû marcher toute la matinée, c’était sans doute l’heure de midi ; il s’assoit sur la margelle du puits, il n’y a rien pour tirer de l’eau et il dit à ses disciples : allez jusqu’au village voisin, ramenez moi de quoi manger car j’ai faim, je ne peux pas aller plus loin et il s’est assis ; et c’est à ce moment là qu’arrive la Samaritaine… Ça s’est passé tout à fait par hasard… Il ne pensait sans doute pas qu’il allait préparer son entrée chez les Samaritains.
Cependant, il y a une chose importante, c’est que Lui qui est faible, il oublie à la dernière minute qu’il a faim et quand il a commencé à parler avec la Samaritaine, il va jusqu’au bout et il ne prendra pas du tout son repas que les Apôtres lui ont apporté… donc il est capable d’oublier ses propres faiblesses et sa propre faim.
A l’agonie, il a peur de la mort. Il s’effondre et pourtant après, il se lève, il va réveiller ses Apôtres qui s’étaient endormis et il leur dit : Allez, c’est bon, c’est le moment d’y aller.
Un autre trait de Jésus : il est violent.
Il est violent contre les pharisiens qu’il traite de sépulcres blanchis, qu’il accuse d’être hypocrites. Il est assez sévère avec les vendeurs du Temple.
Il est violent, mais il est aussi sensible : par exemple, quand il va près du sépulcre de Lazare ; il a pleuré. Il a pleuré sur son ami comme on pleure toujours quand on a perdu un ami.
Il est même très sensible ; quand il arrive près de Jérusalem et qu’il a l’impression qu’il a un peu échoué dans prédication, il pleure sur Jérusalem.
Chose curieuse aussi et c’est très nouveau : il a un entourage féminin très important ; les femmes jouent un très grand rôle : n’oublions pas que celle qui a reçu en premier le message de la Résurrection, c’est une femme, Marie-Madeleine. Or c’est très nouveau et c’est inattendu.
Pourquoi ?
Parce que dans le monde juif, la femme n’avait pas de place dans la vie publique et était tenu à l’écart.
Il est poète aussi à ses heures.
Il est poète : regardez ce qu’il dit dans St Matthieu sur les oiseaux, sur les fleurs… Mais il a un très grand sens du concret. Quand il raconte la parabole du semeur, c’est qu’il a vu comment ça se faisait et il donne tous les petits détails. C’est concret. C’est simple.
On sent très nettement que ce n’est pas un intellectuel… Il a regardé les gens… Il a été très attentif à leur vie, il a vu comment ils vivaient… Il les rejoignait dans leur vie… en un mot, il les aimait.
Il est très astucieux aussi : on n’y pense pas assez ; par exemple lorsqu’un jour on vient lui dire est ce qu’il faut payer l’impôt à César. C’est très embarrassant, on voulait le coincer. S’il dit oui, on dit alors il est disciple de César, il est avec les collecteurs d’impôts, les publicains… S’il dit non, il est avec les zélotes… Là, il était très coincé… Que fait-il ? Tiens, donnez-moi une pièce ; qu’est ce qu’il y a dessus… Il y a l’effigie de César ? Alors, s’il y a l’effigie de César, donnez donc à César ce qui est à César… C’est très habilement répondu.
De même aussi, si on lit très attentivement l’histoire de la Samaritaine, on voit comment progressivement, il arrive à lui faire dire qu’elle a eu sept maris… Il y met un bon moment, ça vient très doucement, il commence par lui dire : « j’ai soif, tu ne me donnerais pas à boire ? » « Comment ! Te donner à boire ? Mais toi tu es juif, je suis Samaritaine, ça ne peut pas marcher, etc… » Il est très pédagogue pour permettre à la Samaritaine d’exprimer sa vie.
Non, Jésus ne tombait pas du ciel
C’est concret, c’est très simple.
Il est très bon aussi : Il est d’une très grande bonté.
Par exemple, quand il rencontre la veuve de Naïm qui conduit son fils au cimetière, il y a un mot qui revient souvent, un mot qu’on a traduit par « ému de pitié » qui signifie le tiraillement intérieur.
En même temps qu’il est bon et ému de pitié, il est intransigeant ; par exemple, lorsqu’il a parlé du pain de vie, lorsqu’il a annoncé l’Eucharistie, tout le monde s’en va… C’est impossible, sa chair à manger, on n’a rien compris… les gens s’en vont et il dit aux Apôtres : « et vous alors, vous me quittez aussi…. » Donc, il était prêt à les laisser partir. C’est la vérité : vous l’admettez et vous restez, vous ne l’admettez pas et vous partez… et c’est alors que Pierre lui dit : « mais à qui irions-nous ? »
Après la multiplication des pains, on veut le faire roi ; là il s’y refuse parce que c’est une compromission… Il s’en va, il disparaît ; pas de compromission.
Quand ça va mal pour lui, il monte à Jérusalem et il se met carrément dans la gueule du lion, c’est-à-dire qu’il se fait arrêter, on lui fait un procès, il ne se défend pas, c’est très curieux, par ce qu’il estime que c’est comme ça que ça doit être.
Sans cesse, et c’est le dernier point que j’aborderai dans cette première partie ; sans cesse, il parle d’un Père, de son Père auquel il va jusqu’à s’identifier : « le Père et moi sommes un… ». C’est surprenant, et là, nous sommes déjà dans la deuxième partie : « Jésus, un homme pas comme les autres ».
On remarque que souvent, il prie, il va à l’écart ; il fréquente la synagogue ; il semble être monté au Temple au moins trois fois. On note qu’aux grands moments de son existence par exemple, quand il va choisir ses Apôtres, il prie, il prie beaucoup. Il passe parfois brutalement d’un dialogue avec ses Apôtres à la prière (Lc 10,21).
Il est toujours en rapport avec son Père, c’est caractéristique et déjà j’annonce la deuxième partie de ma catéchèse : Jésus, un homme pas comme les autres.
II - Jésus, un homme pas comme les autres
Dans le même style, je voudrais vous aider à saisir comment ce Jésus de Nazareth était un homme qui n’était pas comme les autres.
J’irai un peu plus vite, bien sûr.
Il manifeste une liberté intérieure très rare et il se présente -et c’est assez dur à avaler- comme le Fils de Dieu.
Remarquez qu’il ne le dit pas d’emblée ; il ne le dit pas brutalement « vous allez voir ce que vous allez voir, je suis le Fils de Dieu, regardez-moi, admirez-moi » Non. Jamais il ne dit cela.
Progressivement, il amène ceux qui l’écoutent à aller au-delà de lui, par exemple il a le culot de dire un jour : allez-y, qui parmi vous va pouvoir me convaincre de péché ; donc il dit je suis sans péché, il n’y a pas de mal en moi.
Qui parmi nous peut se lever et dire : il n’y a pas de mal en moi, ou, je n’ai jamais fait le mal. Personne. Il est le seul qui, dans l’histoire s’est levé et a dit : « essayez de me convaincre de mal ».
Il ne se met pas au-dessus de la loi, pourtant, il a dit, jamais un iota, c’est-à-dire la plus petite lettre, passera et cependant, il se met au-dessus de la fameuse loi du Sabbat qui était très rigoureuse chez les Juifs ; c’était un loi prescrite par Dieu… et il dit : « le Fils de l’homme » car il s’appelle parfois ainsi pour se désigner, faisant allusion au prophète Daniel : « le Fils de l’homme est maître du Sabbat », comme c’est une loi prescrite par Dieu, c’est comme s’il disait « Je suis Dieu ».
Il emploie, pour se désigner, l’expression « je suis »… « Ne craignez pas, je suis ». C’est la transcription de ce que Yahvé Dieu a dit à Moïse quant il s’est révélé à lui au Buisson Ardent.
Il enseigne avec une autorité qu’on n’avait jamais entendue : « on vous a dit et bien moi je vous dis » et il se permet de venir apporter des précisions à la loi de Dieu, non pas comme un commentateur, mais comme un législateur ; d’où l’accusation de blasphème dont il sera l’objet.
Il pardonne les péchés, or dans la Bible, et ça revient très souvent, seul Dieu peut pardonner les péchés.
Il a des phrases absolument désarçonnantes et déroutantes ; il parle avec quelqu’un : « Avant qu’Abraham fut, je suis ». Abraham a vécu 1500 ans auparavant. Il n’y a plus rien à répondre.
Et les miracles. Les miracles ne prouvent pas par eux-mêmes sa divinité parce que l’Ancien Testament est rempli de faits merveilleux accomplis par les prophètes ; ils sont cependant des signes qui progressivement vont poser des questions.
Mais la révélation la plus fondamentale de cet homme pas comme les autres, il la fait quand il parle de sa relation à Dieu.
Pour la première fois dans l’histoire, ce Jésus de Nazareth va employer pour désigner Dieu, un mot que personne avant lui n’avait osé employer pour l’attribuer à Dieu, il va dire : « Abba » ce qui veut dire « Papa, Père chéri » manifestant par là une intimité assez extraordinaire qu’il avait avec Dieu ; or, ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est quand ses Apôtres lui disent : « Ah ! On voudrait bien prier comme toi »… il ne leur dit pas quand vous priez il faut vous mettre à genoux, joindre les mains… non ! Il leur dit « quand vous priez, dites « Abba avec moi et en moi. Dites comme moi « Père chéri » ; ça veut dire que les Apôtres se trouvaient associés à lui, fils de Dieu, comme lui… pas tout à fait comme lui, mais enfin… Il y a quelque chose de ça. Il leur a donné le pouvoir de dire avec lui « Notre Père ».
Il affirme des choses aussi bouleversantes que celles-ci : « le Père et moi sommes un » ou encore « qui me voit, voit le Père ». Bien mieux encore, il promet d’envoyer l’Esprit aux hommes et il le donne à ses Apôtres après sa Résurrection ; or l’envoi de l’Esprit est l’annonce que le Royaume de Dieu est présent ; et ça, seul Dieu peut envoyer son Esprit… Il dit : « moi, je vous enverrai l’Esprit » C’est assez extraordinaire.
Et toujours, encore mieux, il s’identifie au Royaume de Dieu ; et un jour qu’on l’accusait d’être le disciple du démon, il dit : « mais voyons, est ce que je chasse le démon ou pas ? » « Vous l’avez chassé ». « Alors, si c’est par le doigt de Dieu que je l’ai chassé, par la puissance de Dieu, le Royaume de Dieu est là ». « Donc c’est moi le Royaume de Dieu » : c’est très prétentieux.
Devant les prétentions de cet homme, on peut se poser des questions, car ce sont des prétentions énormes par exemple quand il dit : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas », ou quand il dit : « le Fils de l’homme va être condamné à mort et le troisième jour il ressuscitera ; ou quand il dit « ne vous inquiétez pas je vais vers mon Père » avec une assurance qui étonne.
Il leur dit même : « Je vais vous préparer une place » ou quand il dit : «un jour vous me reverrez revenir dans la Gloire avec tous les anges »… ou quand il dit encore : « Allez, faites de toutes les nations mes disciples ».
Donc, devant les prétentions de cet homme, on peut se poser des questions :
- Ou bien c’est un illuminé… mais c’est très curieux parce que, par ailleurs, il manifeste un équilibre tel qu’on ne peut pas penser qu’il était un illuminé.
- Ou bien alors il dit la vérité, c’est-à-dire il est le Fils de Dieu.
Il demande de croire en lui, de tout quitter pour le suivre, de s’attacher à lui. Alors, ou bien c’est un dictateur spirituel qui a de folles prétentions, car de quel droit peut-on demander à quelqu’un de tout quitter pour le suivre… ou bien c’est Dieu et alors ce qu’il demande, loin de rendre esclave, libère.
Il meurt librement : « ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ».
Trois jours après, il se montre ressuscité, vivant et il parle à ceux qu’il avait rassemblés, les douze, ses amis.
Alors, ou bien c’est une supercherie de la part des Apôtres qui ont dit l’avoir vu vivant, mais elle s’accorde mal avec ces gens qui sont très simples, qui n’étaient pas du tout préparés à accepter et à accueillir une résurrection ; c’était à cent lieux de leurs préoccupations.
Il a fallu quand même que ça les bouleverse et aussi ce n’était sûrement pas commode d’aller le dire, car ils le disaient à ceux qui avaient crucifié Jésus.
Ou bien c’est vrai, et alors c’est tout le sens de la vie qui est changé : l’homme ne se définit plus comme un être pour la mort, mais comme un être pour la vie… et que le Christ est un de la Trinité et en même temps un de chez nous.
Il est Dieu qui vient à nous.
Il est de don de Dieu.
Il est la grâce par excellence, la liberté par excellence et en même temps, il est l’homme qui a rencontré Dieu. Il est l’homme divinisé qui, par la Résurrection, est entré dans la Gloire du Père.
Il y a donc en ce moment, un homme qui s’appelle Jésus, qui est le Fils de Dieu, qui est dans la Trinité, c’est assez extraordinaire, qui est en Dieu, qui est Dieu…C’est ça qui est bouleversant !
Au fond, il vaut mieux qu’on ne le réalise pas ; si vraiment on le réalisait, si ça devenait une conviction réellement profonde, on ne pourrait pas rester assis, c’est évident… Il y en a qui ont senti ça et ne sont plus restés assis ; on ne peut plus rester assis… quand on a découvert qu’il y a un homme, né d’une femme, un homme de marace et qui est en relation permanente dans la Trinité, en Dieu pour l’éternité. Qu’est ce que cela veut dire… C’est extraordinaire.
C’est pour ça que le Christ ne nous apporte pas le salut.
Il est le salut. Il est Dieu qui se révèle, Dieu qui pardonne, qui se donne et en même temps il est l’homme qui entre dans la Trinité.
Voilà cet homme pas comme les autres qui pour moi est le Fils de Dieu et je dis Jésus est Christ, Jésus est Seigneur. Il est la vie, la vérité et la vie… et ça change ma vie.
Je voudrais déjà vous inviter à entrer dans la rencontre du Christ aujourd’hui. Pour cela, il est essentiel d’accueillir dans la foi un moment unique et qui finalement a tout bouleversé : c’est sa Résurrection.
Il est difficile de dire ce qu’est la Résurrection parce que les Apôtres en parlent de façon succincte, très sobre ; mais il est difficile de douter de la Résurrection.
Pourquoi ?
Parce que un mois et demi après la mort de Jésus, les disciples commencent à prêcher, eux qui s’étaient cachés, qui avaient peur ; il commencent à parler et ils disent : « Il est ressuscité, celui que vous avez tué »… Mais voyons, on sait bien où on l’a enterré !
Or jamais on n’a pu démentir le tombeau vide. Ils disent : « le tombeau est vide, on l’avait déposé dans certain tombeau qui appartenait à Joseph d’Arimathie, or le tombeau est vide » -et on n’a jamais pu prendre en défaut les Apôtres.
Ils contestaient l’assurance de Pierre et de Jean et se rendant compte qu’il s’agissait d’hommes sans instruction et de gens quelconques, il en étaient étonnés.
Par ailleurs, on ne voit pas quel intérêt pourraient avoir les Apôtres à faire accréditer une chose énorme qui dépasse l’imagination ; et ça dépasse tellement l’imagination qu’aujourd’hui il y a beaucoup de catholiques qui croient en Dieu, qui croient en Jésus Christ, mais qui refusent de croire en la Résurrection ; les sondages le prouvent.
C’est énorme la Résurrection ; c’est la chose la plus dure à avaler…
Alors, comment voulez-vous que les Apôtres l’aient inventée : tiens, on va raconter une histoire…
D’autant que ces gens là étaient des gens très simples et ils savaient bien qu’ils auraient fort à faire pour se défendre contre les docteurs de la loi qui étaient des gens instruits : c’est dit en toute lettre dans les Actes des Apôtres au chapitre 4.
Ce qui frappe dans l’événement Jésus Christ, c’est la banalité des épisodes de l’affaire Jésus, c’est la faiblesse des personnes qui en sont les témoins et tout le bouleversement provoqué par cet événement. Mais c’est qu’il y a eu cette chose énorme qui s’appelle la Résurrection ; je précise que cette Résurrection ça n’est pas un événement historique au sens où quelqu’un aurait pu être témoin de la Résurrection ; personne n’a vu Jésus ressusciter des morts et personne ne pouvait voir Jésus ressusciter des morts. C’est pas possible ; mais il est historique au sens où un fait à pu être constaté, par exemple, le tombeau vide et surtout au sens où des hommes ont eu leur être et leur comportement complètement modifiés, parce qu’ils ont rencontré le Ressuscité ; elle est historique au sens où, dans le monde, quelque chose de nouveau est entré, qui change l’image que l’homme a de lui-même et aussi l’image qu’il a de Dieu, comme aussi ont été changées les relations entre les hommes, car tout ça, ça dépend de la Résurrection.
La Résurrection de Jésus, ce n’est pas du tout comme la résurrection de Lazare, l’âme qui revient dans le corps et l’homme se met de nouveau à marcher, car Lazare a été ressuscité, il a été rendu à l’existence terrestre, mais il est mort ensuite. Jésus n’a pas été rendu à l’existence terrestre ; il a été glorifié : c’est une transformation mystérieuse sur laquelle on ne peut absolument rien dire.
Ce que nous pouvons dire alors, simplement, c’est ceci : c’est parce qu’il est ressuscité, qu’il est présent en Dieu, il est présent partout.
Quand il était en Palestine, Jésus ne pouvait agir qu’auprès des gens qu’il rencontrait ; pour guérir le paralytique, il a fallu qu’il le rencontre.
Tandis que maintenant, parce qu’il est ressuscité, il n’est pas localisable ; il n’est pas ici plutôt que là… il est partout où quelqu’un l’accueille, où quelqu’un le reconnaît.
Ressuscité, il n’a pas de limites, c’est ce qui lui permet d’être présent et il faut comprendre là le sens de l’Ascension, quand on dit que Jésus est monté au ciel, ça ne veut pas dire que pschitt, il a quitté la terre et qu’il est entré dans le ciel, pas du tout, l’Ascension signifie qu’il est entré dans la Gloire de Dieu et qu’il n’apparaît plus à ses Apôtres. C’est l’annonce de la fin des apparitions.
Cela précisé, la Résurrection, j’ai dit ce qu’elle n’était pas, je ne peux pas dire ce qu’elle est, sinon qu’elle est l’universalisation de la présence du Christ.
Nous pouvons alors partir du témoignage des Apôtres et de notre relation.
Le témoignage des Apôtres est fondamental. L’Apôtre est un témoin. Les Apôtres sont des témoins, qu’est ce que ça veut dire ?
Ça veut dire deux choses :
- Ça veut dire d’abord qu’ils ont entendu les paroles du Christ, qu’ils ont vu ses gestes et qu’ils les redisent. Mais ça, n’importe qui pourrait le faire. Ce n’est pas uniquement en ce sens là qu’ils sont témoins ; ils sont témoins parce qu’ils ont rencontré Jésus Ressuscité et qu’ils sont entrés en relation avec Lui et qu’ils ont commencé à faire des gestes et dire des paroles qui l’ont rendu présent, l’Eucharistie en particulier et qu’à partir de ce moment, ils ont vécu une vie avec Jésus Ressuscité ; et lorsqu’il mourront martyrs, c’est-à-dire témoins, ils mourront non pas pour dire Jésus a existé autrefois, non pas même pour dire Jésus est ressuscité, non pas pour dire Dieu existe, mais pour ne pas renier Quelqu’un avec lequel ils disent être en relation.
Ils ne parlent pas de Jésus Christ au passé, ils parlent de Jésus au présent et je pense que c’est ça qui est important pour nous, c’est de parler de Jésus au présent. Il est en relation avec moi au moment même où je vous parle, il est en relation avec vous en cet instant où vous m’écoutez et si vous voulez l’accueillir et le reconnaître, il est présent.
Témoigner de Jésus-Christ, c’est affirmer cela de différentes manières.
Vous savez, connaître une personne, ça ne consiste pas à faire l’énoncé de ses qualités ou de ses défauts ; vous pouvez m’apporter la liste de toutes vos qualités et de tous vos défauts, je ne vous connaîtrais pas ; on commence à connaître quelqu’un lorsqu’on le fréquente.
Finalement, je ne connais quelqu’un, je ne connais une personne que lorsque je l’aime et c’est l’Amour qui est connaissance ; bien sûr, il faut un minimum de connaissance pour aimer, mais c’est ensuite en aimant que je connais. C’est au moment où je reconnais l’autre comme autre, comme différent de moi et où je l’écoute, où je le respecte, où je l’admire et où je le prends tel qu’il est, comme ça, avec un certain émerveillement, c’est à ce moment là que je le connais.
Si je veux connaître Jésus ainsi, il ne faut pas que je fasse des discours sur lui, comme je viens de faire. Il faut que je m’émerveille, que je le regarde, que j’écoute, que j’accueille et rien ne remplacera cette fidélité et cet amour.
Rien ne remplacera la découverte qu’on fera, qu’il est :
- le chemin qui conduit au Père,
- la vérité, c’est-à-dire notre propre lumière intérieure,
- la vie, c’est-à-dire notre vie,
et finalement je ne connaîtrai parfaitement et totalement Jésus que lorsque je serai entré dans la mort et la résurrection avec lui.
Pour l’instant, il est présent, mais pas visiblement, alors je fais des gestes, j’écoute Sa Parole, je le cherche dans la vie ; la communauté se rassemble, on est des frères et on s’aime et Jésus est présent : « chaque fois que deux ou trois sont rassemblés en nom Nom, je suis au milieu d’eux ».
Il est présent chaque fois que je rencontre l’autre ; il est présent lorsque je fais de l’autre mon prochain et que je crée avec lui une relation unique.
Nous sommes témoins, non pas du Christ qui a vécu il y a 2000 ans mais du Christ qui maintenant, qui aujourd’hui, en cet instant est présent, qui est entré dans notre vie, et qui la bouleverse.
Ce témoignage suppose et repose sur l’expérience de Dieu en Jésus Christ ; cette expérience elle est personnelle. Elle est aussi communautaire, elle se fait à travers des paroles que Jésus nous a laissées, les témoignages que nous ont laissés les disciples de Jésus à travers l’action du Christ, dans la vie des hommes d’aujourd’hui.
Cette expérience, elle se fait dans l’intimité de sa chambre, quand on prie ; elle se fait quand on s’oublie pour se donner ; elle se fait d’une façon privilégiée quand on célèbre l’Eucharistie.
Je terminerai par la profession de foi de Jean-Paul II, profession de foi à la suite de Pierre, profession de foi que nous sommes invités à faire.
« L’unique orientation de notre esprit, l’unique direction de notre intelligence, de notre volonté et de notre cœur est pour nous le Christ, Rédempteur de l’homme, le Christ, Rédempteur du monde. C’est vers lui que nous voulons tourner notre regard parce que c’est seulement en Lui, le Fils de Dieu, que se trouve le salut, et nous renouvelons la proclamation de Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68).
deuxième conférence
SAINTETE DANS L’EGLISE
« POUR MOI, VIVRE C’EST LE CHRIST »
Dès le début de la Lettre Pastorale que j’ai écrite pour les catholiques du diocèse le 2 octobre 2010, je rappelle que Dieu seul est Saint et que tout part de là.
Oui, Dieu est saint, et « ce que Dieu veut, c’est notre sanctification » (1 Thess. 4, 3). Le concile Vatican II, dans la Constitution Lumen Gentium (chap. V) faisait entendre avec force l’appel universel à la sainteté. Le Pape Jean Paul II rappelait déjà aux évêques philippins, en 1981 : « C’est en participant à la sainteté de Jésus que nous exercerons un rôle prophétique authentique : annoncer la sainteté et la pratiquer courageusement ; c’est un exemple qui doit être suivi par toute la Communauté ecclésiale » [D.C. 78, 1961, p. 259-260]. Et dans sa lettre « Au début du nouveau millénaire », il écrivait : « La perspective dans laquelle doit se placer tout le cheminement pastoral est celle de la sainteté. »
Et comme je l’ai mentionné dans la Lettre Pastorale à la page 1, le 13 mai dernier, le Pape Benoît XVI invitait les évêques du Portugal à mettre en œuvre « chez toute personne qui évangélise un vrai désir de sainteté » ; et il ajoutait : « La simple énonciation du message ne va pas jusqu’au fond du cœur de la personne, ne touche pas sa liberté, ne transforme pas sa vie. Ce qui séduit surtout, c’est la rencontre avec les personnes croyantes qui, par leur foi, attirent vers la grâce du Christ en Lui rendant témoignage. »
*****
« Vous serez saints car je suis saint, moi Yahvé votre Dieu (Lev. 19, 2). La sainteté à laquelle Dieu nous appelle est une sainteté vécue personnellement et dans la communauté d’un peuple. Dieu cherche des saints pour répandre sa sainteté dans un peuple, son peuple saint, et nous avons été gâtés en Périgord (voir la liste des saints de chez nous à la page 15). Cet appel se fait plus insistant avec Abraham. Il s’affirme avec Moïse et la promulgation de la Loi. Il culmine dans le Deutéronome : « Ecoute Israël, Yahvé notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton pouvoir. Ces paroles que je te commande aujourd’hui, qu’elles soient dans ton cœur » (Dt. 6, 4-6).
Nous voyons déjà là que Dieu ne peut se contenter de demi-mesure : il n’y a pas d’amour à moitié, c’est un amour qui prend tout l’être, toutes les puissances de connaître, d’aimer, de vouloir de l’homme. Dieu, qui est amour, veut le cœur de l’homme tout entier, pour se donner à lui tout entier dans l’amour. La sainteté est un amour sans mélange et sans mesure.
J’ai écrit que la sainteté est une histoire d’amitié dès la page 3 de ma lettre pastorale.
Et Dieu nous a envoyé Son Fils à Noël pour nous entraîner sur ce chemin de sainteté.
Jésus est venu, non pour abroger, mais pour parfaire la Loi et les Prophètes, et l’appel à la sainteté. Cependant, il y a quelque chose de radicalement nouveau dans son appel (l’Eglise le comprendra après la Pentecôte) : Jésus nous révèle le visage de ce Dieu qu’il appelle « Abba, Père [papa !] ». Et parce qu’il se manifeste à nous comme le Fils Unique en qui le Père a mis tout son amour (cf. Mt 3, 17), il nous apprend à dire « Père » et à vivre en fils. Et, l’Esprit Saint, répandu sur la communauté des croyants, l’Eglise, à la Pentecôte, est bien l’Esprit du Fils qui crie en nous « Abba, Père » (Gal. 4, 6), l’Esprit de sainteté qui sanctifie, dans l’Alliance nouvelle et éternelle scellée dans le sacrifice du Christ en Croix.
Dès lors la Sainteté n’est plus une loi extérieure à nous, un devoir moral, une « loi de sainteté », c’est quelqu’un, Jésus-Christ, qui vient vivre en nous sa vie de Fils par l’Esprit Saint, pour que l’Eglise, Peuple de Dieu, vive et témoigne de l’Amour du Père. Nous sommes donc appelés à revêtir Jésus-Christ, et par lui, avec lui, en lui, à vivre la sainteté du Père, dans l’Esprit Saint, au milieu des hommes.
Jésus ne nous dit plus seulement : « Soyez saints car je suis saint », mais « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». Je donne le sens de ce que Jésus entend par perfection à la page 10 de la Lettre pastorale.
C’est le Père qui est à la fois la source, le modèle et la fin de la Sainteté que nous avons à vivre dans le Christ. Le Père, nul ne l’a jamais vu. Le fils nous le révèle.
LE FILS NOUS REVELE CE QU’EST LA SAINTETE
« Qui me voit, voit le Père », dit Jésus à ses apôtres (Jn 14, 9). Et le Père au jour de la Transfiguration du Christ, fait entendre sa voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ». Tout est là : voir le Père et le rejoindre en son Fils : « Qui entend l’enseignement du Père, vient à moi » (Jn 6, 4-5). Venir à lui : c’est l’appel dont Jésus se fait l’écho dans tout l’Evangile : « Venez à moi vous tous… mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos… » (Mt. 11, 28… 30). Venir à lui, pour l’écouter : « Maître divin et modèle de toute perfection le Seigneur Jésus a enseigné à tous et à chacun, quelle que soit leur condition, cette sainteté de vie dont il est à la fois l’initiateur et le consommateur » [Lumen Gentium, chap. V, XL.]. Les paroles de Jésus, selon Madeleine Delbrel, « nous pétrissent, nous modifient, nous assimilent pour ainsi dire à elles. Les paroles de l’Evangile sont miraculeuses » [M. DELBREL, La joie de croire, Seuil, p. 31], si nous croyons en celui qui les prononce, si nous nous laissons enseigner par lui dans la foi.
Jésus est le seul chemin de Vérité, le seul chemin de sainteté proposé à tous. Il est ce chemin vers le Père, et ce guide qui nous y conduit, parce qu’il est, dans son être même, « relation au Père ». « Il est venu de Dieu et il va vers Dieu » (Jn 13, 3), « Il est auprès de Dieu », tourné vers Dieu dans un mouvement sans fin vers Lui ; il est « le Verbe qui est Dieu » (Jn 1, 1).
Sa vie parmi les hommes était amour du Père : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4, 34).
Il reçoit tout, et n’agit que par le Père : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, rien qu’il ne voit faire au Père… car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait » (Jn 5,19-20).
Sa Parole, elle vient du Père, puisqu’il est le Verbe, la parole du Père : « Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé » (Jn 7, 15). La sainteté du Christ est donc sa vie filiale. C’est comme Fils et comme envoyé du Père qu’il nous sanctifie, par l’Amour qui est en lui et qu’il nous communique par l’Esprit Saint.
LA PRIERE DU CHRIST POUR L’EGLISE
Cette force de l’Amour qui vient du Père par l’Esprit Saint, le Christ l’a demandée pour ses Apôtres et toute son Eglise avant de mourir, dans la prière sacerdotale, et il nous l’a offerte par le don de sa vie : « Pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés en vérité » (Jn 17, 17). Consacrés en vérité, c’est-à-dire « séparés du domaine profane pour être introduits intégralement et pour toujours dans le domaine de Dieu » [Cf. note 4 dans la T.O.B. sur Jean 17, 17)], dans « la vie » au sens de Saint Jean, ou dans « le royaume » au sens des Evangiles synoptiques. Consacrer et sanctifier témoignent la même réalité fondamentale, à quelques nuances près : consacrer exprime un état d’appartenance, fruit d’un sacrifice (sacrum facere : rendre sacré), d’une offrande de soi pour une vie donnée à Dieu ; sanctifier exprime davantage l’action qui fait passer de la vie de ce monde à la vie de Dieu, dans l’état de sainteté de Dieu même [« Les disciples du Christ sont véritablement devenus dans le baptême de la foi fils de Dieu, participants de la nature divine, et par conséquent réellement saints » (L.G. 5,40).]
Jésus ajoute : « Je ne prie pas seulement pour eux, mais pour tous ceux qui croient en moi… Tu les as aimés du même amour dont tu m’as aimé… Qu’ils soient un comme nous sommes UN, moi en eux et toi en moi » (Jn, 20…26). Cette unité des enfants de Dieu, réunis à la prière du Fils dans l’Amour du Père par l’action de l’Esprit, c’est la marque de l’Eglise sainte, sanctifiée, vivant de Dieu, en Dieu, pour Dieu avec le Christ : ce sera l’état définitif de la Jérusalem céleste, en voie de réalisation dans l’Eglise.
Cette unité de tous dans le Christ et son Eglise, cette unité qui est communion dans la sainteté de la vérité et de l’amour indicible du Dieu vivant, elle ne peut se faire que par une rupture (et des ruptures) avec tout ce qui sépare, brise, contrarie l’Amour.
QUELLES RUPTURES ?
Tout amour, pour être vrai, exige des ruptures. L’amour est un passage, une Pâque, de l’égoïsme au don sans condition et sans limite : c’est la loi même de tout amour vrai, dépossession de soi pour se donner à l’autre. Si c’est vrai entre les humains, c’est encore plus vrai de l’homme à Dieu : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Lc 14, 26). La sainteté c’est l’absolu de l’amour pour le Christ : il est présence absolue, amour sans comparaison avec tout amour humain, « Agapè », amour gratuit et don de Dieu qui transfigure tout amour humain – pour entrer en communion avec Dieu et avec les enfants de Dieu. (La communion, la « Koïnônia » c’est un des traits qui définit l’Eglise).
L’absolu de l’amour – qu’il soit pour Dieu, ou pour les autres dans l’amour du Christ – demande une rupture, une ascèse, un arrachement des convoitises qui nous habitent, « convoitise de la chair, convoitise des yeux (désir de possession), confiance orgueilleuse dans les richesses », dit Saint Jean (1 Jn2, 16), et qui sont « l’esprit du monde » que le Christ est venu vaincre. « Vous n’êtes pas du monde : c’est moi qui vous ai mis à part du monde, et le monde vous hait… Mais, confiance, j’ai vaincu le monde » (Jn 15, 19 et 16, 33). Ceci nous demande une mort à nous-mêmes, une participation à la Passion du Christ.
La tentation est grande et insidieuses aujourd’hui de se laisser imprégner par l’esprit du monde qui s’infiltre partout (et qui est déjà en nous), tentation « d’être comme tout le monde ». Des compromis, on passe facilement aux compromissions : il faut choisir entre plaire à Dieu et plaire aux hommes, appartenir au Christ ou être du monde (il ne s’agit d’ailleurs pas de « se retirer du monde, mais de se garder du mal »).
Or, le Concile Vatican II a souligné toutes les valeurs qui sont dans le monde, pierres d’attente de l’Evangélisation : mais l’Eglise a sans cesse à faire le discernement entre ce qui peut être christianisé et ce qui est à rejeter. Comme « signe et instrument de sainteté » elle a mission de dénoncer le péché et d’annoncer la pénitence, « l’invitation à une intime conversion du cœur pour une communion de vie avec Dieu » [Synode 1985, Synthèse finale, A, par. 4.]. Il faut apprendre à juger autrement, à voir autrement la vie, à nous séparer de tout ce que l’opinion mondaine juge et pense : voir, juger, agir à partir du regard et de la volonté du Dieu sur le monde, recevoir dans la prière, l’adoration, la méditation de la Parole, ce regard contemplatif qui sait découvrir le Christ vivant au milieu des hommes dans les situations concrètes, qui juge de tout selon l’Evangile à partir de Dieu, de son dessein d’amour et de salut.
Telle est la voie de sainteté que Jésus indique à son Eglise, sel de la terre : sinon nous sommes comme « un sel qui a perdu sa saveur et n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds » (Mt. 5, 13). Nous sommes donc appelés à choisir : la sainteté ou l’insignifiance.
*****
Et c’est là que l’on comprend l’insistance de l’Eglise, pour ne pas vivre sa foi tout seul. Nous avons besoin de la partager avec d’autres pour voir si notre vie est fidèle à l’Evangile.
Pour en donner un exemple, je pense à ce que j’ai vécu dernièrement à Bergerac avec une douzaine d’entrepreneurs et dirigeants chrétiens qui se retrouvent tous les mois pour partager sur ce qu’ils vivent dans leurs responsabilités de chefs d’entreprises, leurs difficultés, qui sont grandes, et cela à la Lumière de l’Evangile ! Comment se situer aujourd’hui en tant que chrétien ? Quel regard évangélique peuvent-ils porter sur une vie difficile où l’angoisse les habite, où ils sont victimes de la financiarisation de l’économie ?
A quel regard évangélique cela les appelle-t-il ? Autant de questions qu’ils se sont posés devant moi, tentant de les éclairer à la Lumière de l’Evangile… Et ce qui caractérisait leur équipe m’ont-ils dit, c’est « la confiance dans le partage que l’on ne trouve pas ailleurs ».
Je pourrais dire la même chose des chrétiens en monde ouvrier ou dans le monde de la santé… ou autre.
Notre chemin de sainteté pour vivre la rupture passe par ce partage en Eglise. Pour le dire autrement, nous ne pouvons apprendre à donner et à nous donner que si nous consentons à recevoir et à nous recevoir des autres et, par leur médiation, de Dieu lui-même. Notre chemin de sainteté est, en ce sens, une école d’humilité, à l’écoute de ce que l’Esprit Saint nous dit par et dans ce que disent et vivent les autres !
CONVERSION INTERIEURE
Ainsi, ce changement de mentalité, cette voie de sainteté exige une intime conversion du cœur ; c’est une voie d’humilité et de contrition, à cause de notre faiblesse foncière.
Dans le livre d’interview de Benoît XVI, dont on parle beaucoup parce que, sur 270 pages, il y en a 3 sur le préservatif, il dit notamment ceci, à la page 90 : lorsqu’il est intervenu en disant qu’un tournant dans la vie « ne peut pas se produire sans une conversion intérieure », celui qui l’interviewe lui demande : « Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? », il répond : « L’un des éléments de cette conversion consiste à remettre Dieu à la première place. Alors, tout devient différent. Il faut réfléchir de nouveau aux Paroles de Dieu pour laisser leur lumière entrer comme des réalités dans notre vie. Nous devons, pour ainsi dire, oser faire de nouveau l’expérience de Dieu pour Le laisser agir à l’intérieur de notre société ».
L’Evangile est à la fois la révélation de l’amour exigeant de notre Dieu qui nous appelle à la conversion, et la révélation de sa miséricorde : Jésus –« Dieu sauve » - « est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10). Il nous révèle dans son amour notre état de pécheurs, de fils prodigues appelés à revenir, pour vivre « chez son Père ». Bon Pasteur, il est venu nous réconcilier pour nous sanctifier, et il a confié à son Eglise la mission d’être le lieu de la sainteté baptismale retrouvée, grâce en particulier au sacrement de pénitence et de réconciliation (d’où l’importance de retrouver la joie de la pratique du Sacrement de réconciliation). C’est en avançant sur ce chemin d’humilité et de pauvreté que nous parvenons, de conversion en conversion, à la sainteté du Fils bien-aimé du Père par l’ouverture intérieure au don de l’Esprit Saint.
Ici, je vous donne le témoignage de Florence, 50 ans, mariée, 3 enfants, habitant à Marseille et que je connais depuis son mariage il y a 25 ans, confirmée il y a deux ans et qui m’écrit de temps à autre. Voici ce qu’elle m’écrivait début novembre dernier :
« Depuis Juin, j’ai envie de me confesser. J’ai préféré attendre septembre pour avoir le temps d’en reparler avec JM. Mais que cette attente a été longue… J’avais un poids terrible qui m’empêchait d’avancer. (Non, non… Je n’ai pas tué père et mère mais le poids était là !).Je crois que ce n’est pas le péché qui me gène (je pourrais m’en accommoder !!!) mais c’est qu’il m’éloigne de Dieu. Cela par contre je le vis difficilement, surtout que c’est moi qui suis à l’origine de cet éloignement… Constat qui demande beaucoup d’humilité… »
LA PRIERE
Car c’est à cela que Jésus veut nous amener : il est venu révéler l’adoration du Père en esprit et en vérité ; et c’est à une pécheresse, la Samaritaine, qu’il en a révélé le secret (Jn 4, 23). Jésus, le Fils qui fait toujours ce qui plaît au Père, nous demande d’entrer par la foi dans sa vie filiale : « Croyez-moi, je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn 14, 11). C’est par une prière d’adoration, dans la foi, que nous participons à sa vie, à condition que « nous changions et que nous redevenions comme des enfants » (Mt. 18,1-4) ; lui, Jésus, le Fils, a vécu pleinement et le premier, la voie d’enfance spirituelle.
C’est alors dans la prière « en pure perte de soi », prière de confiance et d’abandon, et dans toute notre vie, que nous adorons le Père en entrant dans la soumission et l’obéissance d’amour du Fils. C’est là qu’avec Jésus j’accepte les conditions du Père dans ma vie : plus je consens à ce qui est, concrètement, plus j’entre dans la vie du Christ et dans l’amour du Père, laissant le Père être à l’origine de ma vie. J’entre dans l’esprit d’enfance, et le Christ peut alors me révéler qui est le Père, lui qui « se révèle aux tout petits » (Mt. 11, 25-27). Et tout cela, mystérieusement, c’est l’œuvre de sanctification de l’Esprit.
« AIMEZ-VOUS LES UNE LES AUTRES »
Comme Jésus nous communique la grâce de l’amour du Père, il nous communique aussi, dans un même mouvement, son amour pour les hommes ses frères. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour ; si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ». Or pour le Christ, il y a un commandement qui inclut tous les autres : « Mon commandement, le voici : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 9… 12). Et bien plus, dans la prière sacerdotale Jésus dit : « Tu les as aimés comme tu m’as aimé ».
Donc aimer les hommes comme nos frères, nous ne le pourrons vraiment qu’en les aimant comme Dieu les aime en son Fils. Et c’est par amour pour lui que notre cœur est devenu à ce point brûlant d’amour pour nos frères… Si nous trouvons Jésus en son Corps mystique, c’est précisément parce que nous avons trouvé « Jésus vivant » [P. VOILLAUME, Au cœur des masses, l’écartèlement de l’amour, p. 429)].
Madeleine Delbrel va bien dans le même sens, elle qui vivait au cœur du monde : « Sans prière, il sera difficile pour nous que l’Eglise soit Jésus-christ. Nous ne percevons pas par quels échanges nous sommes conviés en elle ; les échanges allant des autres à nous ou de nous aussi aux autres, sont toujours Jésus-Christ allant à Jésus-Christ ou venant de Jésus-Christ ».
Quand nous aimons les autres, nous ne pouvons plus les aimer seulement de manière humaine, mais Jésus nous demande de les aimer comme il les aime, jusqu’à l’extrême de l’amour, d’un amour qui va au-delà de nos capacités : il nous demande de « faire du bien à ceux qui nous haïssent, de prier pour ceux qui nous calomnient… » « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour… » (Lc 6, 27…35). Saint Augustin commente : « Si tu souhaites, en aimant ton ennemi, qu’il devienne ton frère : quand tu l’aimes, c’est un frère que tu aimes » [Commentaire sur la première épître de Saint Jean, VIII, 10.]
Alors vous serez les fils du Très Haut, car il est bon, lui, « pour les ingrats et les méchants ». Mais ceci n’est possible que si nous laissons Jésus aimer en nous, comme il nous a aimés, et pardonné en se livrant pour notre vie et pour la vie du monde : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » ; c’est le fruit d’une vie de prière et d’union au Christ. Cet amour gratuit est bien signe que « nous demeurons en lui et lui en nous ».
LA PLACE DE L’EUCHARISTIE
C’est après la Cène que Jésus a révélé le mieux l’amour comme voie de sainteté. Avant la Cène, il a lavé les pieds de ses disciples. A la Cène, il a institué l’Eucharistie comme signe, le sacrement de « l’amour jusqu’à l’extrême ». Ce soir-là il anticipait son sacrifice dans un repas avec les siens, mystère de don, de service, de communion, mystère de vie dans la mort, affirmation de sa Résurrection, et de la pérennité de l’Eglise.
Là, il instituait le sacerdoce par ces hommes choisis pour « faire mémoire de Lui et annoncer sa mort et sa Résurrection jusqu’à ce qu’il vienne » et pour transmettre le don de son Corps et de son Sang jour après jour jusqu’à la fin des siècles, dans l’Eglise.
Dans l’Eucharistie, Jésus rend personnelle et universelle la communion ave lui-même : «Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui », et avec son Père : « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, de même, celui qui me mange vivra lui aussi par moi » (Jn 6, 56-57).
Et c’est en vivant le Sacrement dans l’adoration et l’amour fraternel dans le concret de nos vies, que le Seigneur Jésus réalise et accomplit en nous et dans son Eglise la Sainteté de Dieu par le don de l’Esprit Saint.
LES SAINTS
Ces réflexions sur la sainteté sont forcément limitées et incomplètes. On ne peut les terminer sans « parler » des Saints. Ce serait tout un chapitre à développer… Mais la Lettre Pastorale et les fiches qui ont été proposées pour le temps de l’Avent, celui du Carême et du temps après Pâques peuvent nous aider à apprendre à connaître les Saints du Périgord.
Les saints sont la manifestation visible de la sainteté du Christ dans des vies humaines « ordinaires ». Cela a commencé par la Vierge Marie : en elle, par l’Esprit Saint, le Verbe de Dieu [la Parole éternelle] s’est fait homme. Par sa foi, elle l’a accueilli dans sa vie d’humble femme israélite, épouse de Joseph le charpentier. Ainsi, Marie nous apprend à faire confiance et à dire oui à Dieu, à chanter les merveilles qu’il accomplit dans et pour Son Peuple, surtout chez les humbles. Avec Joseph son époux, elle nous apprend à suivre Jésus le Christ, pas à pas, dans sa vie simple et cachée puis à l’heure de sa vie publique, à écouter sa Parole, à l’accompagner dans sa Passion jusqu’au pied de la Croix, à croire en sa Résurrection, à prier avec les Apôtres en attendant la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte, à nous donner corps et âme à cette action de l’Esprit. Nous pourrons lire, aussi, la belle prière de Madeleine Delbrel dans la Lettre Pastorale, à la page 12.
Marie est la figure de l’Eglise, la Mère des enfants de Dieu et de tous les saints. Elle résume en elle toutes les formes de sainteté en ce qu’elles ont d’essentiel.
Elle nous apprend à regarder et à imiter les Saints qui, tous, comme elle, sont des images, des icônes du Christ ; à commencer par Pierre qui confessait la foi de apôtres, avant, et surtout après la résurrection et la Pentecôte, eux qui ont vu le Christ ressuscité, « qui ont mangé et bu avec lui », « l’ont vu de leurs yeux, touché de leurs mains » : la foi de l’Eglise repose sur le témoignage des Apôtres qui, pour la plupart d’entre eux, ont payé au prix du sang leur attachement au Christ.
La foi de l’Eglise, dans les martyrs et dans tous les saints, est une victoire sur la mort, avec le Christ. C’est une foi qui n’est plus arrêtée par la mort, une foi vivante pleine d’espérance et de charité, une foi qui conduit à risquer sa vie à cause du Christ. Ce qui, en fin de compte, nous fascine dans les Saints, c’est leur amour brûlant : « pour Lui, j’ai accepté de tout perdre, dit Paul, je considère tout comme déchets, pour gagner le Christ et être trouvé en Lui » (Phil. 3, 8-9).
Vivre avec les saints nous apprend à croire, à nous abandonner au Christ, à tout donner sans compter, au jour le jour, à chaque moment que Dieu nous donne à vivre, jusqu’au jour de la mort que nous attendons comme un passage, une naissance : « Les disciples du Christ méprisent la mort, dit Saint Athanase, ils n’en ont plus peur, par le signe de la Croix et la foi au Christ… » Nous délivrant de la peur de mourir ils nous aident à vivre : c’est cela la sainteté.
« En contemplant leur vie, nous apprenons à connaître le chemin très sûr par lequel, à travers toutes les vicissitudes du monde, et selon l’état et la condition propres à chacun, il nous sera possible de parvenir à l’union parfaite avec le Christ, c’est-à-dire la Sainteté » (L.G. 7-50).
Ainsi, la Parole de Saint Paul doit devenir notre parole :
« POUR MOI, VIVRE C’EST LE CHRIST » (Phil. 1, 21)
Ce chemin de sainteté, il est possible à tout âge de la vie, que l’on soit enfant, jeune ou adulte, dans tous les milieux. Je vous en donne un exemple concret à travers le témoignage de Sarah Leclerc-Croci, une jeune de la JOC, actuellement Présidente de la région Lorraine, qui, devant les jeunes, a répondu à la question suivante : « En quoi ton engagement en JOC te conduit vers la sainteté ? » :
« Pour moi, aller vers la sainteté, c’est avant tout être acteur de la construction du royaume de Dieu, d’un monde plus juste et plus solidaire. C’est pour ce monde-là que je m’engage en JOC. Je crois que chaque jeune a sa place dans la société. On peut tous se bouger et être acteur de nos vies. La solidarité, c’est essentiel, sans les autres, on est rien. Ils nous aident à nous entraider, à nous motiver, à prendre conscience de nos capacités.
J’aspire à un monde meilleur parce que c’est possible. Des jeunes ont invité des potes, ils se sont surpassés. L’espérance, je la vois au travers des jeunes.
Parce qu’un jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde car il est Fils de Dieu. »
En relisant mon parcours, je me rends compte que j’avance petit à petit vers la sainteté.
« Aujourd’hui, je suis plus attentive aux autres, aux jeunes qui m’entourent. Je suis à leur écoute. Je suis engagée dans ma vie, je prends des positions et j’ai des opinions. Je mène des projets avec les autres pour améliorer nos conditions de vie, les conditions de vie des jeunes de milieux populaires.
C’est les autres, les fédéraux et les jeunes qui me font grandir dans ma responsabilité. L’entre eux, par eux, pour eux prend tout son sens à la JOC et dans la responsabilité. Chacun est invité à grandir dans un mouvement collectif, on grandit ensemble en partageant et en se renvoyant des choses. »
« Ca m’appelle à aller de l’avant en JOC, à partager ça avec mes copains afin de leur faire vivre mon engagement mais aussi avec tous les jeunes.
« Ce qui me réjouit, c’est de voir la force d’un mouvement comme la JOC. Ce qu’il éveille et ce qu’il produit chez les jeunes.
Dieu et Jésus sont dans ma vie de tous les jours et ils sont présents dans l’action. Je les retrouve chez les jeunes. Ils sont là pour m’accompagner et pas pour faire à ma place. Dieu est un guide, il nous montre le chemin et après c’est à nous de faire, devenir acteur de nos vies. La foi c’est dans la vie de tous les jours.
Maintenant, j’aimerais vous inviter vous aussi, dans vos prochains temps de relecture, à regarder comment votre engagement à la JOC vous conduit également vers la sainteté. »
J’ajoute ici un autre témoignage de Florence, dont j’ai parlé plus haut.
Voici ce qu’elle m’écrivait le 2 octobre dernier :
« Quel chemin parcouru depuis ma confirmation.
Pendant un an, et demi j’ai vécu avec la présence quasi physique de Dieu à mes côtés. J’ai eu la chance d’être touchée par son Amour. Sentiment extraordinaire d’être dans les bras du Seigneur, sentiment de toucher du doigt la perfection…
Evidemment, je ne suis pas ressortie indemne de cette expérience. J’ai été marquée au fer rouge par l’Amour de Dieu.
Je ne peux plus vivre comme avant. Intérieurement, le changement est profond.
Je me suis laissée prendre et guider par le Seigneur.
Aujourd’hui, c’est avec cette expérience là que je regarde les autres.
J’essaie d’avoir sur l’autre le regard d’Amour que le Christ porte sur moi… Et que la tâche est difficile.
Plus j’avance avec ma petite aventure spirituelle et plus je trouve que le Seigneur est exigeant !
J’ai l’impression que toujours il me pousse à aller sur des terrains nouveaux, toujours plus loin.
Il me façonne, me transforme, tout en respectant ce que je suis. Comment ne pas être émerveillée.
En fait, plus le Christ m’aide à grandir, plus je vis dans un état de bonheur permanent. Quelle joie de vivre avec le Christ à ses côtés.
Aujourd’hui, peu à peu, s’effectue pour moi, un grand changement intérieur car je ne souhaite qu’une chose, c’est remettre ma vie entre les mains de Dieu.
Mes joies, mes peines, mes peurs, je confie tout au Seigneur. Qu’il est doux de se sentir aimé, porté dans les moments difficiles.
Les difficultés restent mais quelle force le Seigneur nous donne pour les affronter. »
OUVERTURE SUR L’AVENIR
Qui que nous soyons, l’appel à la sainteté est pour nous. « La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté ». (1 Th 4, 3) nous dit Saint Paul.
De plus, rappelons-nous qu’un saint ce n’est pas un superman ou un héros… Et Dieu ne nous demande pas d’atteindre des buts inaccessibles.
Alors, qu’est-ce que la sainteté et, par là, qu’est-ce qu’un saint ? Je vous renvoie à la Lettre Pastorale page 3 et suivantes, et que je pourrais résumer de la phrase suivante : Un saint, c’est quelqu’un qui, à la fin de sa vie, peut laisser voir ou entendre qu’il a essayé d’un cœur sincère d’aimer Dieu et de répandre cet Amour parmi les hommes de son temps.
C’est à l’amour que ces hommes et ces femmes mettent dans leurs actions les plus ordinaires et les plus anodines, que l’on peut percevoir la sainteté.
Il existe autant de chemins de sainteté que de saints. L’Eglise nous propose des exemples concrets de vie qui mènent à la sainteté (tous les hommes et toutes les femmes qui ont été canonisés). Ceux-ci peuvent nous permettre d’avancer sur notre propre chemin. Alors, n’hésitons pas à prendre appui sur ces hommes et ces femmes qui sont pour nous comme autant de frères et sœurs aînés, une famille sur laquelle nous pouvons compter pour nous aider à grandir en sainteté ! Nous avons d’ailleurs de la chance parce qu’ils sont nombreux aussi dans notre Périgord…
Cependant, n’oublions pas que le sommet et la source de la sainteté est et sera toujours le Christ. C’est donc en le suivant que l’on devient saint. Ceci peut effrayer surtout lorsque l’on lit des paroles comme celles-là : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive » -Mt 16, 24). Pourtant, c’est seulement en renonçant à notre vie, en se détachant de tout ce qui nous rend esclaves pour nous attacher au Seigneur Jésus, le revêtir par le don de l’Esprit Saint, que nous pouvons devenir pleinement nous-mêmes et faire l’expérience d’une véritable transfiguration à la lumière de cet Amour dont Dieu nous a comblés. A vrai dire, dans cette perspective, de quoi pouvons-nous avoir peur ?
Ainsi la véritable question est : ai-je vraiment le désir de prendre ce chemin qu’est le Seigneur Jésus lui-même, un chemin qui peut me sembler difficile mais qui, chemin faisant, me permet de devenir pleinement moi-même grâce à Celui qui fait route avec moi, même s’il m’arrive d’avoir du mal à le reconnaître ? Les saints et les saintes ne cessent pas de nous rappeler que ce chemin est la source d’une joie profonde, une joie que nul ne peut nous ravir, une joie qui demeure au cœur même de ce qui nous éprouve et nous blesse, parce que cette joie est le fruit d’une Présence accueillie dans la confiance et l’abandon, une Présence plus grande que notre cœur, celle du Seigneur avec nous !
« Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau, léger. » (Mt 11, 28-30)
Michel MOUÏSSE Evêque de Périgueux et Sarlat



![Foi chrétienne [img]](/ndame/images/boutons/foi.png)
![Inter-religieux [img]](/ndame/images/boutons/dialogue.png)

![Haltes spirituelles [img]](/ndame/images/boutons/haltes.png)


![accueil [img]](/ndame/images/boutons/accueil.png)
![Lettre de Temniac [img]](/ndame/images/boutons/lettre.png)
![La mission du Centre [img]](/ndame/images/boutons/mission.png)
![Aspects pratiques [img]](/ndame/images/boutons/pratique.png)
![Calendrier [img]](/ndame/images/boutons/calendrier.png)
![Liens WEB [img]](/ndame/images/boutons/liens.png)
![Entrer en contact [img]](/ndame/images/boutons/contact.png)
![Bulletin d'adhésion [img]](/ndame/images/boutons/bulletin.png)
![Questionnaire [img]](/ndame/images/boutons/questionnaire.png)