Marie chez les Pères de l'Eglise (12 mai 2012)

12 mai 2012


« Les Pères de l’Eglise (du 1er au 6ème siècle) parlent de Marie »

un regard protestant

par Georges PHILIP,

pasteur de l'Eglise réformée de France



Il est impossible de rendre compte de la richesse de cette journée de partage et d'échange...

Voici cependant le plan suivi par Georges Philip dans son exposé riche et vivant de par les citations choisies!

Introduction

1- récapitulation de plusieurs travaux

- Marie dans le Nouveau Testament

- Marie chez les Pères

- La femme dans les Ecritures et chez les Pères

2- Marie, pomme de discorde entre Eglises

- Les Evangiles apocryphes

- Les gnoses (encratistes)

- Les Orientaux: dormition, assomption, virginité perpétuelle

- Les Occidentaux: immaculée conception, virginité perpétuelle

- Débat sur "co-rédemptrice"; sa place dans la foi

- Le rejet de la Réforme (Luther, Calvin, Zwingli)

- Récupération par les courants divers: Evangéliques, charismatiques

3- Elle est pourtant un personnage biblique incontournable

 - Avec d'autres, certes, et même en résonnance avec eux: Abraham, les ancêtres de Jésus, épouse de Joseph, frères et soeurs de Jésus, nommée dans les Credo et synodes de Nicée-Constantinople (381) et Ephèse (425)

4 - Elle est née dans un monde, une culture

- Juive de Nazareth, inconnue, sans généalogie

- Dans un monde pluriculturel (Egypte, Mésopotamie, Grèce, Rome) avec une contre-culture: le judaïsme

- Evolution de la place de la femme dans ces cultures et religions (deux millénaires avant J-C puis après J-C et montée de la mysoginie)

- Influence des cultures environnantes sur les Juifs (diaspora, grecs)

5- Il y a peu de textes dans les Ecritures

- Mt 1 et 2; Lc 1 et 2; Jn 2: Cana; Mc 3, 31-35/Mt 12, 46-50/Lc 8, 19-21: mère et frères; Mt 13, 53-56/Mc 6, 1-6: échec à Nazareth; Jn 19, 26-27: crucifixion; Ac 1, 14: la première communauté

- Gal 4, 4: né d'une femme

6- Il y a beaucoup de textes dans les apocryphes

- Proto évangile de Jacques

- Evangile de l'enfance du pseudo-Matthieu

- Nativité de Marie

- Histoire de l'enfance de Jésus

- Vie de Jésus en arabe

- Peut-être Dormition de Marie du pseudo-Jean (entre le 4ème et 6ème siècle)

- Un passage 'cocasse' de l'évangile de Thomas


En guise de conclusion, voici deux textes diamétralement opposés.

Celui de St Ephrem le Syrien au 4ème siècle:

" Ma très sainte Dame, Mère de Dieu, pleine de grâce, vous la commune gloire de notre nature, le canal de tous les biens, la reine de toutes choses après la Trinité... la médiatrice du monde après le médiateur; vous, le pont mystérieux qui relie la terre au ciel, la clé qui nous ouvre la porte du paradis, notre avocate, notre médiatrice, voyez ma foi, mes pieux désirs, et souvenez-vous de votre miséricorde et de votre puissance. Mère de celui qui seul est miséricordieux et bon, accueillez mon âme dans ma misère et, par votre médiation, rendez-la digne d'être un jour à la droite de votre unique Fils. C'est en vous, notre patronne et notre médiatrice auprès de Dieu, dont vous êtes la Mère, que le genre humain met toute sa joie; il attend votre protection; en vous seule il trouve son refuge, par vous seule il espère être défendu! Voici que moi aussi je viens à vous, car je n'ai pas le courage d'approcher votre Fils et j'implore votre intercession pour obtenir mon salut."

Celui de Louis Levrier, pasteur ERF, membre du groupe des Dombes, mort en 2002:

" Je te salue, Marie.

Permet qu'un protestant le fasse: une fois n'est pas coutume. D'ordinaire les Ave Maria nous reste en travers de la gorge.Il faut dire qu'on t'a donné tant de visages et habillée avec tant de diversité que j'ai du mal à te reconnaître.

Qui es-tu? Vierge noire ou italienne blonde et rose? Masque tragique, figure d'innocence ou sourire séducteur?

Et d'où es-tu? On te voit partout, multiple aux infinies spécialités et te faisant à toi-même concurrence.

Et comment te nommer? Tu as reçu des noms prestigieux. "Dame du ciel, régente terrienne" chante François Villon. Péguy lui fait écho: "Etoile de la mer, inaccessible reine". Oui, des noms tellement sublimes ou ridicule dans leur démesure qu'on t'ignore maintenant dans ta simplicité de petite juive villageoise.

Pour le moment, je t'appellerai Marie. Et j'aime te voir en même temps que Sarah. Toutes les deux vous voici plantées au commencement de l'histoire du peuple de Dieu. La vieille Sarah et l'ancien peuple. Toi la jeune Marie et le nouveau peuple, et toutes les deux dans l'impossibilité d'avoir des enfants. Car il est bien clair que l'oeuvre de Dieu s'accomplit hors de toute possibilité humaine. Que Dieu choisit des hommes et des femmes, qu'il veut bien se servir d'eux, mais que c'est Lui et Lui seul qui crée et donne la vie. Les théologiens t'ont donné de grands et beaux noms.

"Mère de Dieu". J'aime ce nom, car il ne désigne point ta grandeur, petite servante, mais l'humilité de ton Fils devenu pleinement homme.

"Toujours vierge". Alors là, ils me font sourire. et je crois que cela t'amuse aussi. Mais je veux bien! Car la virginité ne se situe pas où on pense. Je me souviens d'une vieille icône te représentant alors que tu accouches par l'oreille. Il n'y a d'enfantement que par l'oreille: c'est la Parole qui engendre. Et tu es vierge car tu n'as voulu entendre qu'une seule Parole. Il n'y a de virginité que de l'oreille: l'autre n'en est que le signe! Oui, cela doit t'amuser que des théologiens contraints à la chasteté aient disserté sans fin, et s'extasient sur "la vierge et mère". Peut-être ont-ils des problèmes avec leur mère et avec les femmes... Peut-être ont-ils peur de la femme... Je te salue, Marie ma soeur.

Non pas ma mère. Car je n'ai que deux mères: Louise Lévrier, née de Davail, ma mère selon la chair et aussi par grâce selon l'Esprit. Et mon autre mère: la sainte Eglise Réformée de France.

Je te salue, Marie ma soeur. Ma grande soeur qui me prend par la main et me mène à l'école. Pour y rencontrer ton fils: mon frère et aussi le tien. Inlassablement tu me répètes: "Fais ce qu'il te dira".

Ma grande soeur qui m'initie à la foi et à la prière. Tu marche selon la foi, toi qui avoues: "Je n'y comprends rien, comment est-ce possible?". Toi qui fais confiance: "Qu'il m'arrive selon ta parole". Et je n'y comprendrai toujours rien. Je serai toujours habité de questions. S'il m'était donné de pouvoir dire: "Je fais confiance; qu'il m'arrive selon ta parole!" Ma grande soeur qui m'apprend à prier. Par toi, je découvre que toute prière est Magnificat, émerveillement et louange. C'est pourquoi je déteste ces prières d'amertume et de tristesse. Par toi, j'apprends que la prière la plus intime et la plus personnelle est aussi la plus ecclésiale: nous chantons encore la prière que tu prononças; elle est vraie pour toi; elle est vraie pour nous. C'est pourquoi je déteste ces prières 'charismatiques', enfermées dans leurs effusions et leurs jouissances.

Par toi, je sais que la prière s'élargit aux dimensions du monde; qu'elle salue et appelle la grande perturbation que Dieu vient jeter parmi les puissants et les riches de la terre. C'est pourquoi je déteste nos illusions politiques qui prétendent créer l'histoire et le Royaume.

Je te salue, Marie, Mère de notre Seigneur. L'unique. L'heureuse et la blessée. Toi qui as reçu son premier sourire. Toi qui as guetté son dernier soupir. Je te salue, Marie.

Laisse-moi te donner le nom que te donna Gabriel: Graciée. Gracieuse. Car c'est bien là ton secret et ta vérité: graciée, gracieuse. Car c'est là aussi mon secret et ma vérité. Sur nos deux visages, cette même lumière et ce même mystère: l'amour de Dieu. Pour toi et pour moi, le même don: ton Fils.

Je te salue, Marie."

 

 





 

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